L’affaire fait la une de tous les journaux turcs…. non, je ne parle pas des incursions dans les montagnes du nord de l’Irak pour déloger les membres du PKK (parti des travailleurs du Kurdistan) mais de l’arrestation lundi du leader du parti pro- kurde de Turquie (DTP), Nurettin Demirtas.

Cet homme de 35 ans a été interpelé lundi 17 décembre par la police à sa descente d’avion, à Ankara. Il revenait d’Allemagne. Pas le temps de dire ouf, il a été mis en garde à vue, puis incarcéré mardi. Il n’est pas (encore…) accusé de lien avec le PKK, cette organisation qualifiée de terroriste par les USA, l’UE et la Turquie. Non, le leader de ce parti, qui compte 20 députés au parlement, est soupçonné d’avoir falsifié un rapport médical afin d’échapper au service militaire.
Evidemment, en Turquie, les réactions sont très diverses: les membres de son parti considèrent cette arrestation comme “politique” à un moment où la voie militaire est employée pour résoudre la question du PKK et plus largement, la question kurde. Il faut savoir que plusieurs députés kurdes sont poursuivis par la justice pour liens avec le PKK (où est leur immunité ??) et que la justice tente de fermer tout simplement ce parti alors qu’il vient d’entrer au parlement.
Les ultranationalistes, eux, ricanaient mardi soir à la télévision. L’un d’entre eux conseillait que Demirtas soit envoyé dans l’Est de
Quelles que soient les interprétations de cette affaire très politique, elle met une nouvelle fois en relief un autre problème: celui de l’obligation de faire son service militaire pour les jeunes hommes turcs. Dans ce pays confronté depuis près de 25 ans aux actions violentes du PKK, le service militaire est une mission « sacrée » qui s’impose à chaque citoyen masculin, âgé de 18 à 40 ans, pour une durée de 6 à 15 mois (un mois pour ceux qui vivent à l’étranger).
Quant à l’objection de conscience, elle n’est pas reconnue, même si
« En Turquie, il faut beaucoup de courage pour s’opposer au service militaire et refuser de mourir à la guerre » constate Halil Savda, membre de l’IHD, lui-même condamné à 21 mois de prison pour « désertion ». « Ceux qui refusent de faire leur service entrent dans un véritable état de « mort civile » et en subissent les conséquences toute leur vie. Autour de la devise « chaque turc naît soldat » est distillé dès l’école primaire une culture militariste. » (Pour info, le site du parti DTP a été hijacké et n’est plus accessible. Après la vague d’attaques du PKK cet automne, dans le sud est, contre l’armée, des ultranationalistes ont placardé un drapeau turc en première page, avec l’hymne turc en accompagnement… il n’y a donc pas de site du DTP en ce moment).

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