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L’Italie au téléphone

December 22nd, 2007 by BB (Milano, Italia) · 2 Comments

 Après la balade à Disneyland, on attendait Carla Bruni en visite à Rome avec Nicholas Sarkozy. Finalement elle n’est pas venue, mais en Italie on a toute suite trouvé un autre sujet dont parler cette semaine.  

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Jeudi les websites du groupe La Repubblica - Espresso ont mis en ligne un’écoute téléphonique entre Silvio Berlusconi et Agostino Saccà, le directeur du département de la fiction de la RAI, la chaîne publique de la télévision italienne. L’écoute téléphonique a été enregistrée au cours de l’enquête qui voit Berlusconi encore une fois accusé de corruption. Et encore une fois, comme dans le cas des récents scandales du football italien, des écoutes téléphoniques dévoilent le vrai visage du pouvoir en Italie comme le dit bien Curzio Maltese dans son article « I sette minuti del padrone », les sept minutes du patron sur La Repubblica.

L’irrésistible conversation de 7 minutes mériterait une traduction intégrale; on parle de télévision, d’actrices et de politique, Berlusconi se prend pour le Pape, l’autre lui parle en guise de serve fidèle, prêt à faire n’importe quoi pour satisfaire les désirs du plus aimé par les Italiens…

Voilà des extraits:

Saccà : Président, bonsoir…

Berlusconi : Agostino…

S : comment allez-vous Président?

B : on survit…

S : très bien je dirais…Malgré les difficultés vous êtes toujours le plus aimé du pays

B : du pont de vue politique, zéro. Du point de vue social, ils me voient comme le Pape….

S : vous voyez? je dis que vous êtes aimé dans le pays…Je dis ça sans aucune flagornerie…

B : je suis objet d’une attention dont je suis indigne…

S : eh, mais c’est merveilleux parce qu’il y a un besoin…il y a un vide…que vous couvrez, même du point de vue émotif… Les gens sentent ça…

B : c’est une chose embarrassante…

Puis Saccà demandes à Berlusconi son intervention « pour ramener à l’ordre »  les partis de son alliance pour pouvoir conserver la majorité dans le conseil d’administration de la RAI.  Berlusconi lui répond qu’il va s’en occuper, maintenant c’est à son tour de demander:

B : Alors, il y a Bossi (le chef du parti Lega Lombarda, allié de Berlusconi dans son ancien gouvernement), qui me fait un tête comme ça…

S: oui…

B : avec cette fiction sur Barbarossa…

S: pour ce qui concerne Rai fiction…Barbarossa c’est bon…

B : alors tu me rends un service…

S : oui

B : Peut-tu appeler leur soldat dans le conseil?

S : oui

B : et lui dire que je t’ai appelé et…

S : Ok, ok

B : que tu m’a donné la garantie que tous va bien..

S : oui oui, tous va bien…

Et encore Berlusconi continue avec ses requêtes pour placer des actrices italiennes dans les fictions de la RAI :

B : Pour Elena Russo il y n’a plus rien à faire ? Il n’y a pas moyen…

S :  si, il y a un projet intéressant…Maintenant je l’appelle…

B : Peut-tu l’appeler, la Elena Russo ? Et puis la Evelina Manna. C’est pas pour moi, c’est pour..

S : avez-vous le numéro ?

B : Evelina Manna, non je l’n’ai pas, regarde sur Internet…

S : ok, je vais le trouver, ce n’est pas un problème…

B : je t’explique qui est celle-là…

S : mais non, Président vous ne devez pas m’expliquer…Vous êtes la personne la plus civile, la plus correcte….

B : je cherche avoir la majorité au Sénat…

S : oui j’ai tous compris…

B : et cette Evelina Manna m’a été demandée par quelqu’un avec qui je suis en train de négocier…

Ce n’est pas la première fois d’ailleurs que Berlusconi dit, même dans des occasions publiques, qu’il y aurait de sénateurs du centre-gauche prêts à passer de son côté et voter contre Prodi pour faire tomber le Gouvernement.

Quelques heures après la mise en ligne de l’écoute téléphonique, un Berlusconi furieux a dénoncé l’épisode comme “une attaque criminel”, une insupportable intromission dans sa vie privée, la violation de son droit à la privacy et la lésion de son image. Il a dénoncé l’existence d’un régime en Italie parce qu’il n’y a plus de liberté. Il a même dit que “les appels téléphoniques contiennent parfois des moments oniriques” et que “tout le monde le sait, pour travailler à la RAI il faut se prostituer ou être de gauche”.

Le problème n’est pas ce que Berlusconi a dit, mais son droit à l’image et sa “privacy” violés. Aujourd’hui il a encore déclaré : “je m’en fiche du contenu de ce coup de fil, j’en suis même fier ; j’ai seulement donné un coup de main à quelqu’un qui cherchait du boulot…”, et il dénonce que desormais “les Italiens ne se sent pas sûrs quand ils passent un coup de fil”…

La discussion politique est donc repartie sur la magistrature et la presse qui rendent publiques les écoutes téléphoniques objets d’enquête. C’est vrai que la méthode n’est pas très correcte car l’enquête est encore en cours, mais c’est vrai aussi que, comme les procès aux hommes politiques en Italie se terminent trop souvent avec la prescription, les écoutes téléphoniques nous donnent la possibilité de mieux connaître les hommes politiques et leur façon d’opérer. Un homme politique ne devrait pas avoir honte de ce qu’il dit dans l’exercice de sa fonction publique et les citoyens ont le droit de savoir comment et par qui la chose publique est gérée. 

Tags: Politics · Society

2 responses so far ↓

  • 1 LM (Beirut, Lebanon) // Dec 22, 2007 at 8:50 pm

    I can’t decide if I should laugh or cry? I really hope all the people that rule us don’t talk about their citizens like this…

  • 2 Barbara // Dec 23, 2007 at 11:15 am

    please laugh! c’est de la pure comedie à l’italienne…

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