NewsLab

News and stories from the Arab world, the Mediterranean and Europe, from the point of view of 20 women who met for the first time in November 2007, in Alexandria, Egypt

NewsLab header image 2

Julie, reine de l’Internet à 73 ans !

January 5th, 2008 by MC (Paris, France) · 3 Comments

Julie a 73 ans et elle est à la pointe de la modernité : chaque jour, environ 200 personnes consultent son blog. Sur un site de photographies personnelles, Julie a déjà déposé plus de 20 000 clichés ! Un modèle pour nous, “apprenties blogueuses”. Ceci est un article paru dans L’Echo Le Régional, édition du 2 janvier 2008.

julie.jpg

Lorsqu’elle prend une photo, Julie montre toujours le résultat à son “modèle”, avec le sourire.

Il y a de la vie après 70 ans. Ce n’est pas un slogan de campagne, ou une publicité pour la retraite, mais le blog d’une femme à la pointe de la modernité. Il y a trois ans, Julie70, pseudo de Julie Kertesz, ouvre son journal sur Internet : elle est l’une des premières blogueuse de France. Auparavant, elle préférait écrire sur des feuilles de papier.
À dix ans, elle inaugure son premier journal intime. Obligée de se cacher avec sa famille en Hongrie pendant la guerre, Julie est bavarde et souffre de cet enfermement. « Il ne fallait pas que je parle trop », se souvient-elle. Sa mère a l’idée de lui acheter son premier cahier pour Noël, afin qu’elle puisse s’exprimer. Elle raconte d’abord les cadeaux qu’elle reçoit, puis, elle parle des bombardements qu’elle entend de chez elle. Julie attrape le virus de l’écriture. De 10 à 23 ans, elle tiendra son journal de jeunesse, qu’elle a depuis publié sur son blog. Entre temps, sa région en Hongrie devient roumaine, sous l’URSS. Julie apprend sa nouvelle langue, quitte sa ville natale, Cluj, et rejoint la capitale, Bucarest, où elle vit jusqu’à 27 ans. Pendant cette période, elle prend peu de photos. Mariée en Roumanie avec un homme passionné de photographie, c’est lui qui manie l’appareil. Dans leur cuisine, son époux développe ses clichés en noir et blanc. Julie assiste aux opérations, dans leur maison d’Eaubonne. Puis le couple divorce. Peut-être le moment de commencer la photographie, mais la jeune femme rencontre un autre homme, également passionné de l’art du cliché. Julie se remarie en 1990 et s’installe à Paris. Elle ne reviendra qu’en 2001 dans le Val-d’Oise, où elle s’installe dans la maison de son ex mari, près de l’usine Dassault où il travaillait, au Val Notre Dame. Entre temps, Julie s’est séparée de son second mari et a perdu le premier. Déprimée, elle ne veut pas sortir et ne veut voir personne.
Elle continue d’écrire et rêve de faire publier son journal, mais elle trouve que son style n’est pas assez bon. Alors elle achète des livres pour améliorer son écriture. « Il y avait un exercice qui disait “faites-vous touriste chez vous”. L’auteur conseillait de sortir avec un appareil photos et de regarder son quartier comme si c’était la première fois », raconte Julie. La grand-mère emprunte l’appareil de son fils et se rend au marché d’Argenteuil.

L’art délicat et humain du portrait

C’était un dimanche au début du printemps, en 2002. Les couleurs et la diversité des étales l’enchantent. Julie découvre sa passion : les portraits de gens ordinaires dont elle révèle toute la beauté. Jusque là, Julie était restée très seule. C’est la photographie qui l’a poussée à retourner à la rencontre des autres. Dans la rue Gabriel Péri, elle immortalise le poissonnier, une baguette à la main. De retour chez elle, elle utilise son jardin comme lieu d’expérimentation. Elle photographie ses fleurs sous toutes leurs coutures, selon la saison.
Quand elle demande aux gens de les prendre en photos, Julie discute, raconte toujours un bout de sa vie pour que les «modèles » confient une partie de la leur. « Je suis timide, alors la photo m’incite à aborder les gens », avoue Julie, petit appareil photo à la main. Avec beaucoup d’humanité, elle demande un cliché, ou juste un sourire. « J’ai besoin de communiquer avec les gens. Certains disent non pour les photos. Mais c’est comme en amour, il faut accepter le refus !», plaisante la photographe. Les yeux pétillants, elle cherche la beauté dans chaque personne qu’elle croise. C’est son activité favorite : photographier des personnes inconnues et publier leurs portrait sur Internet. « Pour qu’ils ne soient plus jamais inconnus », poursuit-elle. Certains prennent la pose, d’autres restent timides ou candides, photographiés par surprise. Avec ou sans sourire, le résultat est bourré d’humanité et de pudeur. Et il n’est pas rare que les « modèles » remercient ensuite Julie de les avoir pris en photo. « Les gens ont envie de me sourire, c’est peut-être parce que je m’intéresse à eux», analyse-t-elle.

argenteuil_market-5vdg.jpg

Deux portraits d’habitants d’Argenteuil (Val-d’Oise)

photographiés par Julie : un homme au marché

et la fleuriste de l’avenue Gabriel Péri.

 

argenteuil_fleuriste-1vg_fpinceau_sec.jpg

L’habitante d’Argenteuil aime aussi immortaliser sa ville, toujours sous un angle positif : fêtes de quartiers, vendanges… et la retraitée aime aussi Paris. Pendant 23 ans, elle a habité sur la Butte Montmartre. Cette année, elle s’est fixée comme objectif de prendre des photos dans chaque arrondissement. Pari réussi, et les Internautes sont nombreux à admirer ses photos sur le web.

chanel_a_.jpg

Photos prise au hasard d’une promenade à Argenteuil.

Julie adore les contrastes!

Fin 2004, Julie découvre l’appareil photo numérique. Comme elle pratiquait déjà l’Internet au conservatoire national des Arts et Métiers où elle travaillait, Julie connaît bien l’informatique.

Plus de 300 000 visites !

Avec Internet, Julie s’initie aux blogs « Internet est un fantastique moyen de se sentir entourée », confie-t-elle. Abonnée à une lettre d’information sur le web, Julie découvre « Blogger », une plateforme pour créer ses blogs, sortes de journaux intimes sur Internet. Elle commence à retranscrire son journal de jeunesse. Puis Julie découvre que l’on peut aussi ajouter des photographies, grâce au site Internet « Flickr ». La septuagénaire se met à publier chaque jour ses pensées et ses photos.
Lorsqu’elle découvre les joies du partage sur Internet avec le monde entier, Julie devient vite accro. Sur Flickr, le site où chacun peut déposer ses photos numérique, elle a près de 22 000 clichés ! 330 000 visites ont été enregistrées pour regarder ses clichés. Sur son blog, « Il y a de la vie après 70 ans », elle en est à plus de 139 000 clics ! Chaque jours, environ 200 personnes suivent ses aventures et laissent des commentaires. « C’est mieux que de laisser son journal dans un tiroir ! » ironise la sexagénaire. Sur Flickr, la mamie blogueuse donne même des cours de photographie. Chaque mois, elle propose un thème à son « Afterclass », un groupe formé pour discuter prise de vue. Depuis 19 mois, Julie propose un thème et demande à un professeur, inscrit sur le site, de donner son avis sur les photos déposées. Plus de 2 000 personnes lisent ces leçons et plusieurs centaines déposent leurs œuvres. « Ce qui est formidable avec Internet, c’est que l’on trouve toujours quelqu’un pour vous épauler, pour vous conseiller », se félicite la blogueuse.
En quelques années, Julie s’est forgé un solide réseau de connaissances sur le web. Elle a même fait quelques rencontres amicales durables. « Expérimenter, communiquer et tâcher de vivre pleinement après 70 ans », c’est le sous titre et la devise de son blog. « Quand j’ai eu 70 ans, j’avais un problème d’identité, j’avais peur d’aborder cet âge. » Aujourd’hui à 73 ans, Julie tourne son corps en dérision. Elle se moque de ses rides. Mieux, elle les utilise comme œuvre d’art pour communiquer avec le monde entier.

Le blog de Julie : http://julie70.blogspot.com/
Pour voir ses photos: http://www.flickr.com/ tapez julie70 dans “ rechercher ”.

Tags: Arts & Culture · Community Development · History · Personal · Photo · Profile · Society · Technology

3 responses so far ↓

  • 1 julie70 // Jan 6, 2008 at 4:36 am

    Merci d’avoir pris ce reportage, de m’avoir écouté raconter ma vie et mes passions, et mon activité après 70 ans. D’être venu m’accompagner au marché, et même au fleuriste (qui vous remercie: elle est enchantée de son portrait dans le journal) et d’avoir apprécié et expliqué mieux que j’avais compris jusque maintenant, pourquoi les gens me regards avec les yeux et visage qui ensuite les rend plus attirants sur le portrait que je réalise.

    C’est vrai, pour moi il ne sont pas seulement des “sujets” mais d’autres âmes humaines, chacun ayant quelque chose attirant en lui, chaque homme ou femme ou enfant pris m’avait attiré d’un coup par quelque chose. M’avait passionné.

    En plus, permis de lui parler, ne soit-il que quelques minutes.

    Cette article montre bien votre talent d’écrivain, et en relisant plusieurs fois je me rend compte que je dois apprendre encore pas mal!
    ==========

    Mais… je ne suis pas timide, même si j’avais été dans les temps. Bien sûr, sans mon appareil photo, je n’aurai jamais abordé plus de mille gens en seulement trois ans.

    Avec la masse d’information que j’avais donné, ma vie assez compliquée, ce n’est pas étonnant que certains détails ne sont pas correctement relatés dans l’article. Ce n’est pas important, pour la plupart des lecteurs.

    C’est important pour mon fils: j’ai habité à Eaubonne avec lui, ma fille et mon 1e mari, autour des années 1970 et pas avec le deuxième. C’est son père, mon premier mari qui avait travaillé à Dassault et avait acheté la petite maison hérité a sa mort par mes enfants qui m’y hébergent depuis 2001, (date de séparation de mon deuxième mari, remarié).

    Un autre petit précision: ni la Hongrie, ni la Roumanie, ne la Transylvanie qui est un province entre les deux, n’a pas été URSS, même si ils ont été trop longtemps sous leur tyranie et influence communiste. Trop longtemps.

    Afterclass, est un cours de photo avec plusieurs professeurs, qui chacun tiennent leur animation, sur une thème qu’on choisi, eux et moi, d’avance.

    De temps en temps, c’est moi qui enseigne, mais la plupart de temps je réussi à trouver des gens talentueux et dédiés de partout du monde pour le faire et je me comporte plutôt en directrice alors, mais aussi en élève. On apprend toujours!

    J’ai commencé, comme vous avez si bien noté, écrire à 10 ans. Je n’ai jamais arrêté! Mon journal continue.

    Une partie, de début, transcrit “journal de jeunesse” dans un blog “lire comme un livre” mais le reste de 1944 à 2001, pour le moment, se trouve dans le RetroBlog, et chaque jour j’ajoute là aussi une continuation.

    Encore une fois, merci! Vous avez de la passion, de volonté et beaucoup de talent!

  • 2 MC (Paris, France) // Jan 6, 2008 at 9:11 pm

    Merci infiniment pour ton commentaire, et merci pour ces rectifications. Je m’excuse pour ces fautes qui sont importantes, tu as raison! En tout cas continue la photo, toi aussi c’est ta passion, ça se voit!

  • 3 Shahinaz Abdel salam // Jan 7, 2008 at 6:03 pm

    l’article tres intressant et Le blog de Julie :)

Leave a Comment