Co-fondateur de Merit, il fut le premier en Egypte à publier L’Immeuble Yacoubian. Les murs de son bureau sont à l’image de son catalogue : contestataire.

L’éditeur, ancien ouvrier, est une figure du Caire intellectuel
Ici, un portrait d’Ibrahim Mansour, le journaliste et militant communiste. Là, une photo dédicacée d’Ahmad Fouad Negm, le poète révolutionnaire. Mohammed Hashim, 50 ans, fondateur du mouvement d’opposition “Ecrivains et Artistes pour le changement”, et patron de la maison d’édition Merit, marque ses engagements.
C’est lui qui le premier en Egypte a eu le courage de publier l’immeuble Yacoubian d’Alaa al-Aswany. “Ce roman était un défi, il osait critiquer le régime et dévoiler les violations des droits de l’Homme : toutes les maisons d’éditions avaient peur de le publier“, rappelle le propriétaire de Merit.
Pourtant, rien ne destinait Mohammed Hashim au métier du livre. “J’ai un petit diplôme d’ouvrier textile, raconte-t-il. Mais j’ai toujours aimé la littérature et les écrivains. J’ai beaucoup appris dans les années 60 et 70, l’âge d’or des Palais de la culture, du théâtre…”
Pour gagner sa vie, il émigre en 1983 à Amman, en Jordanie, où il exerce des métiers très durs comme peintre en bâtiment ou manœuvre sur des chantiers. “C’est alors que j’ai commencé à écrire des nouvelles“. C’est ainsi que la rédaction du magazine jordanien Afkar (Idées), le remarque. Mohammed Hashim écrit ses premiers articles pour cette revue. A son retour au Caire, il y devient pendant des années son correspondant.
Respecter des valeurs et des principes
En 1998, avec son ami Ibrahim Mansour, décédé en 2004, il fonde la maison d’édition Merit. “Toutes les revues portaient alors des titres renvoyant soit au nationalisme arabe, soit à la religion. Je voulais un nom qui s’indentifie à l’Egypte et à l’Egypte seulement.” Après mûre réflexion, Merit Amoun, princesse et reine égyptienne connue pour sa beauté, s’est imposée.
Les fondateurs se fixent alors une feuille de route : respecter des valeurs et des principes, au premier rang desquels la liberté d’expression. “Je ne crois pas en la censure sur l’esprit humain, il faut le laisser libre pour dépasser les limites. Il faut encourager les idées de démocratie, de laïcité, de liberté, et lutter contre l’islamisme radical.”
Merit privilégie les jeunes auteurs et ceux qui n’ont pas de place sur le marché du livre. “L’argent n’est pas l’objectif“, affirme Mohammed Hashim, qui a adopté les œuvres des écrivains exclus des étals à cause de leurs critiques politiques ou sociales. Dix ans après sa création, Merit entend diversifier son catalogue en développant notamment la publication d’ouvrages sur les arts plastiques.
Shahinaz ABDEL SALAM. (www.lepetitjournal.com, Le Caire) lundi 4 février 2008.

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