Les foudres de la censure qui se sont abattues sur le film d’animation de Marjane Satrapi, Persépolis, ont suscité une vive polémique hier à Beyrouth.

Sollicité par L’Orient-Le Jour, le ministre de la Culture Tarek Mitri a affirmé sans ambages qu’il était « contre la censure » par principe et qu’il allait « se battre » pour obtenir la levée de l’interdiction qui a frappé Persépolis.
Pendant ce temps, le directeur général de la Sûreté générale, le général Wafic Jezzini, déclarait toutefois à l’AFP que c’était « pour ne pas jeter de l’huile sur le feu » que ce film avait été interdit, même si M. Jezzini, pour prendre sa décision, n’a pas jugé utile de visionner le film objet de la polémique.
Une source gouvernementale s’exprimant sous le couvert de l’anonymat avait déclaré plus tôt que le film avait déplu au chef de la Sûreté, considéré comme un proche du Hezbollah.
« Il est clair que le général Jezzini, qui est proche du Hezbollah, ne veut pas autoriser ce genre de film qui, selon lui, donne une image de l’Iran plus mauvaise que sous le chah », a estimé cette source.
L’interdiction de Persépolis a par ailleurs suscité un vif émoi dans les milieux artistiques qui se sont dit « surpris » et « déçus » de la décision de la Sûreté générale. Le bras de fer est amorcé, reste à savoir si la liberté l’emportera…
En attendant,voici la bande annonce du film
« Cette décision est d’autant plus ridicule que l’on peut trouver au Liban, et notamment dans la banlieue sud, des copies de ce film vendues à deux dollars ! » a déclaré de son côté Bassam Eid, le directeur de la production au Circuit Empire, la société qui devait distribuer le film.
Interrogés sur cette interdiction pure et simple de l’œuvre de Marjane Satrapi, les cinéastes Khaled Mouzannar et Nadine Labaki, auteurs du film Caramel, ont indiqué à L’Orient-Le Jour que les autorités libanaises « sont championnes dans l’art d’être plus royalistes que le roi ». Ils se sont dit « surpris » qu’un film « d’animation, un format pourtant beaucoup plus sympathique que celui d’un film classique », ait été censuré aussi strictement, d’autant plus qu’en Iran, Persépolis a finalement été autorisé même s’il a dû être tronqué par la censure. Khaled Mouzannar a ajouté que « pour avoir vu le film à Paris et pour avoir connu des Iraniens à l’étranger, ce film est d’une importance capitale car il exprime un point de vue qui n’est pas véhiculé par les médias ». Il a aussi exprimé sa déception de voir que la censure continue toujours de sévir aussi sévèrement, et a indiqué que « tout le monde sait pourquoi ce film a été interdit, tout le monde connaît les dessous de cette affaire. C’est une réaction tiers-mondiste, de pays sous-développé. On avait pourtant cru qu’avec le départ des Syriens, le Liban ne serait plus inquiété sur ce point de vue-là ».
Mais c’était sans compter sur le capital « amitié » que le Liban voue à bien trop de pays de la région, au point d’en sacrifier sa propre vie culturelle et artistique.

4 responses so far ↓
1 MD (Paris, France) // Mar 28, 2008 at 7:55 am
C’est Effrayant cette censure !
2 CP (Roma, Italia) // Mar 28, 2008 at 8:44 am
…surtout que normalment le Liban se distingue des autres pays arabes pour montrer tout et ne rien censurer.
Ca va faire encore plus de publicité au film.
Faut le voir de toute facon il est tres beau.
3 LM (Beirut, Lebanon) // Mar 28, 2008 at 10:24 am
Les filles
la censure a ete levee, on a tellement ait de bruit autour de cette affaire au journal que voila la liberte a gagne 
4 MM (Cairo, Egypt) // Mar 28, 2008 at 11:49 am
Je suis curieuse de voir le film… Tu sais, c’est stupide quand on censure un film ou un livre, car ce qui est interdit est toujours cherche’… quand on l’interdit, on veut absolument le voir… alors, tu m’apporte une copie a’ Bucarest. Bisous
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