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L’UPM, quelles perspectives pour le Liban ?

July 14th, 2008 by LM (Beirut, Lebanon) · No Comments

Article paru dans L’Orient-Le Jour samedi 12 juillet- par Lélia MEZHER

Le chef de la délégation de la Commission européenne à Beyrouth, Patrick Laurent, a été responsable de 1998 à 2001 du processus de Barcelone. « Depuis 1995, c’est quelque chose que j’ai fait grandir », depuis son bureau à Bruxelles. Aujourd’hui, si un bilan des « années Barcelone » s’impose forcément, quelques heures seulement avant le lancement du « processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée », celui-ci n’est pas totalement négatif, comme pourraient le penser certains. « Barcelone a fait beaucoup, mais il est vrai qu’une partie des espoirs ont été déçus »¸souligne dans ce cadre M. Laurent. Car Barcelone avait principalement trois objectifs : mettre en place une zone de dialogue politique pour aboutir à la paix, créer une zone de libre échange économique, sans oublier le volet socio-culturel du projet. « C’est ce dernier volet qui a le plus réussi », même si le processus de Barcelone reste « le seul endroit où tous les pays concernés, en l’occurrence Arabes et Israéliens, peuvent s’asseoir ensemble et discuter de leur problèmes ». Et de leurs guerres. « Le bilan est certes nuancé, mais il faut dire que les espoirs étaient trop importants », poursuit M. Laurent, avant d’indiquer que l’Union pour la Méditerranée (UPM) « est née comme un rêve dans l’esprit des gens qui se rappellent de 1995 (date de la conférence de Madrid). Ils éprouvent un véritable désir de faire un pas en avant ».

« Le Liban arrive à l’UPM avec une ou deux très bonnes idées »

Que répond Patrick Laurent à ceux qui soutiennent que le projet de l’UPM serait en fait né durant la guerre de juillet 2006 ? Le conflit entre Israel et le Hezbollah aurait en  effet inspiré certains responsables français et les aurait poussé à mettre en place un nouveau projet, celui de l’UPM, dont le but serait d’amener les pays arabes à discuter avec Israel de manière à contourner le processus de paix « classique ». « C’est totalement faux. Il faut apporter à ces propos le démenti le plus catégorique », martèle M. Laurent. « Il faut attribuer la genèse de ce projet à la sensibilité euro-méditerranéenne de Nicolas Sarkozy qui est lui-même, à l’origine, un immigré », précise-t-il. Il est important de garder à l’esprit, d’autre part, que Barcelone « n’a pas pour ambition première de résoudre les questions liées au processus de paix ». Aujourd’hui, le nom officiel de l’UPM, Processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée, est très long. Et pour cause, « Barcelone est un socle irremplaçable. On va donc bâtir dessus » et non pas remettre en question ses acquis.
« L’UPM a été construite sur les rêves de ceux qui avaient assisté en 1995 à la naissance du processus de Barcelone »
Toutefois, il est important de savoir aussi à quoi est dû aujourd’hui le soudain regain d’enthousiasme des dirigeants européens pour le processus de paix israélo-arabe ? Le chef de la délégation de la Commission européenne au Liban rappelle à cet égard que depuis 1995 « les dirigeants politiques des deux bords n’ont pas assumé leurs responsabilités à l’égard du processus de paix ». Qu’est-ce qui a changé ? « Aujourd’hui, il y a une prise de conscience que les choses ne peuvent plus perdurer. Il y a une grande lassitude par rapport à ce statu quo », souligne-t-il. « Il y a véritablement une dynamique politique nouvelle, car l’intérêt pour l’avenir de ce processus se situe au plus haut niveau, celui des chefs d’Etats. C’est un message politique très fort », et une grande responsabilité aussi.

La place du Liban
En ce qui concerne le Liban, M. Laurent avait indiqué lors d’une conférence de presse jeudi dernier que ce pays « a vocation à être membre à part entière de ce processus rénové et des institutions qui y seront formées. Il pourra également bénéficier des projets qui auront lieu dans le cadre de l’UPM ». Malheureusement, le pays du cèdre n’a pas su profiter des chances offertes par Barcelone depuis 1995 car « pour prendre part à un processus inter-étatique, il faut être un Etat », indique M. Laurent. « Il faut avancer vite vers la mise sur pied d’un Etatde droit et s’investir dans la politique de voisinage, en utiliser fond toutes les recettes », poursuit-il. Car il faut garder à l’esprit que l’UPM n’est autre que l’aboutissement d’un long parcours entamé par le processus de Barcelone et poursuivie ensuite par la Politique de voisinage (PEV). Or la politique de voisinage est le premier pas vers ensuite, une coopération régionale à plus grande échelle « qui concerne plus les ‘initiés’ », et c’est d’abord à ce niveau que devrait œuvrer le Liban, conseille M. Laurent. « Mais cela n’empêche pas ce pays de tirer profit de l’UPM. Je suis d’ailleurs très heureux que le Liban vienne à Paris avec une ou deux bonnes idées », ajoute-t-il.
Comment espérer  cependant bâtir des liens dans un environnement qui n’est pas pacifié, sachant que les voisins directs du Liban ne sont autres que la Syrie et Israel, deux pays avec lesquels il entretient, toutes proportions gardées, des relations pour le moins difficiles ? « Il faut travailler, et commencer par le facile avant le difficile. Le meilleur moyen de s’affirmer par rapport à ses voisins c’est d’œuvrer au niveau économique. Dans un environnement hostile, il y a une nécessité de se regrouper, et cette nécessité est encore plus grande », affirme le diplomate. Mais Israel, « c’est autre chose »que la Syrie, tient à dire M. Laurent. Que répondre en outre à ceux qui, au Liban ont un temps voulu empêcher le président de la République Michel Sleiman de se rendre en France parce qu’il allait rencontrer là-bas son homologue syrien Bachar el-Assad ? « C’est un grand risque politique que d’empêcher M. Sleiman de se rendre ã Paris. C’est une responsabilité énorme. Le Liban est en voie de sortie de crise, et le fait de rencontrer M. Assad à Paris et non pas à Damas, ça change tout ».

La position française
Junaina Herrera s’occupe du projet de l’UPM à l’ambassade de France. Elle souligne d’emblée que « le Liban a un potentiel énorme » mais qu’il est impératif qu’il se dote, le plus rapidement possible, d’ « autorités constituées ». En attendant, il est important de souligner que Michel Sleiman a décidé d’axer le rôle de son pays sur « la culture, la recherche et la science. C’est là une démarche exemplaire », note Mme Herrera , « car elle porte sur la mise en place d’une réflexion qui cherche à dépasser les dissensions politiques ». En ce qui concerne les espoirs que peut concrétiser l’UPM, elle souligne que « le fait que Ehud Olmert et Bachar el-Assad soient finalement au rendez-vous est un succès en soi. C’est une opportunité pour le dialogue. C’était un pari risqué que nous avons relevé ». L’UPM sera donc incontestablement un lieu de rencontre et de dialogue, mais permettre aussi de « faire passer des messages » à chacun de ces deux responsables.
Ce projet est sous bien des aspects, en décalage avec la dure réalité sur le terrain. Mais durant la 2e guerre mondiale, la France et l’Allemagne s’étaient livrés une guerre totale et aujourd’hui ils sont le socle incontournable de l’Europe. Le génie de Jean Monnet a été de bâtir l’Union européenne sur des intérêts économiques communs. Il convient de se rappeler, dans ce contexte de la Communauté européenne pour le Charbon et l’Acier (CECA), ancêtre de l’actuelle Union européenne. C’est la même logique qui a permis de construire le projet de l’Union pour la Méditerranée.

Tags: Arts & Culture · Community Development · Economics · Education · Environment · Politics · War & Conflict

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