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L e parfum d’Al-Andalus (1ere partie)

October 29th, 2008 by BDK (Alger, Algéria) · No Comments

Huit siècles de présence musulmane en Espagne ont laissé des traces profondes. Une culture d’emprunts et de mélanges, un métissage entre christianisme, islam et judaïsme qui pourraient servir à rapprocher les deux rives de la méditerranée. Pour des générations espagnols ; Al-Andalus évoque surtout le petit bruit sec d’une page qui se tourne rapidement, pendant le cours d’histoire », raconte Juan Castilla, aujourd’hui directeur de recherche à l’école des études arabes, une institution installée dans une ancienne maison mauresque, sur le flanc du quartier escarpé d’Albaicin, à Grenade. « Le prof nous disait : « En 711, les arabes envahissent la péninsule Ibérique. » C’était à peu prés tout. On passait ensuite au chapitre suivant, celui de la Reconquis ta… Ce qui s’était passé entre les deux ? On n’en parlait pas. Huit siècles de présence musulmane étaient passés sous silence. » Il ouvre les bras vers le paysage, devant lui. De la fenêtre montent les odeurs de terre mouillée après l’ondée. Sur la colline d’en face se découpent les murailles crénelées de l’Alhambra, le palais de Boabdil, le dernier roi musulman, chassé par Isabelle la Catholique en 1492. Longtemps dans les manuels scolaires espagnols, cette date qui avait fermé la parenthèse musulmane, eu terme d’une lente reconquête, ville par ville, par les armées chrétiennes des rois de Castille et d’Aragon.« Une reconquête qui dure huit siècle n’est pas une reconquête ! » avertissait déjà, dans les années 1930, le philosophe José Ortega y Gasset, pour signifier que la présence maure dans la Péninsule avait forcément laissé des traces profondes, faisant surgir toute une culture d’emprunts et de mélanges qui ont nourri l’identité du pays. Comment ignorer l’héritage d’Al-Andalus, que ce soit à Grenade, où Charles Quint, héritier des Rois Catholiques, a tenu à édifier, au XVIe siècle, un palais à côté de celui de la dynastie des Nasrides, ou à Séville, en contemplant l’Alcazar, un monument chrétien qui ressemble à un palais musulman, bâti par Pierre Ier de Castille au XVe siècle ? Ou encore à Cordoue, sous les voûtes de la Grande Mosquée, convertie en cathédrale ? Mais on pourrait aussi citer les influences architecturales qui persistent dans les territoires rechristianisés, à travers l’art mudéjar, présent de Saragosse aux Asturies ou même en Galice. Tellement puissant que les conquistadors l’exporteront vers l’Amérique latine et que l’on en trouve des traces à Buenos Aires ou à Bogota. Ne pas parler du legs hispano-mauresque, serait comme ignorer ce parfum persistant qui flotte dans les rues des villes andalouses chaque printemps, quand les orangers sont en fleur, et qui porte en espagnol un nom sans nul doute venu de l’arabe…azahar (fleur blanche). Un de ces milliers de mots que la langue a conservés de l’époque de la domination maure, résistant à l’influence latine : comme almohade (oreiller), alfombra  (tapis), ajedrez (jeu d’échecs), azucar (sucre), pour n’en citer que quelques-uns.Après des siècles d’hostilité ou de silence, l’Andalousie renoue avec son passé. La fin du franquisme, il y a trente et un ans, a ouvert les vannes et éveillé les curiosités. « Depuis, on a même parfois tendance à enjoliver la mémoire d’Al-Andalus, souligne l’historien Rafael Valencia, professeur d’histoire de l’islam à l’université de Séville, attablé à un café à deux pas de l’imposante cathédrale. On en fait, un peu rapidement, un paradis de tolérance et de convivialité. C’est sûrement trop schématique. Il y a eu des époques d’effervescence culturelle et intellectuelle spectaculaires, mais aussi des périodes d’obscurantisme. »  Il donne pour sa part, une lecture plus nuancée de l’Histoire : « La conquête arabe est une guerre de style méditerranéen, on se bat le matin et le soir on fait du commerce. Il ya un métissage. Al-Andalus ne naît pas dans l’esprit d’une croisade religieuse, c’est une élaboration qui permet que s’installe une nouvelle société, dont la langue est l’arabe. D’ailleurs, à l’époque, on ne parlait pas de trois cultures, mais bien d’une seule, au sein de laquelle cohabitaient trois religions, musulmane, juive et chrétienne. » Ce qu’il reste de l’esprit d’Al-Andalus ? Sans hésiter, l’historien lève les yeux vers l’élégante tour de Giralda, qui flanque la cathédrale : « Regardez, elle est faite sur une base romaine, son corps est un ancien minaret qui appartenait à la grande mosquée des Almohades et, son sommet, la campanile est chrétien. »    Reportage  de Cécile Thibaud paru in l’express international du 04/10/2007.A SUIVRE….

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