Au XIXe siècle, les écrivains romantiques, Théophile Gautier et Chateaubriand en tête, font le voyage en Espagne et tombent amoureux de l’Andalousie. Emportés par leur fascination pour l’orientalisme et la passion pour les mondes perdus, ils réinventent son histoire. Aujourd’hui, les rééditions font un tabac en librairie. Comme tout ce qui, de loin ou de prés, touche à l’héritage d’Al-Andalus. Il est dans toutes les assiettes, assure Miguel Alcobendas, auteur d’un livre sur la cuisine grenadine, intarissable sur les influences orientales : « On les trouve dans l’utilisation des épices, comme le cumin ou la cannelle, mais surtout dans les desserts à base de miel et d’amandes ou de fruits secs, affirme – t-il. Ce qui est curieux, c’est que les influences sont les churros (beignets) et le turron (nougat) sont un héritage direct de cette influence maure. »C’est le paysage de l’Andalousie, imprégné du passé hispano-mauresque qu’observe Javier Guillen, concepteur, pour la Fondation de la culture islamique, d’une exposition sur le jardin andalou qui circule depuis trois ans entre l’Espagne et le Maroc : « L’influence est tangible non seulement dans les espèces cultivées, le mode d’exploitation ou les systèmes d’irrigation des champs, mais aussi dans de multiples aspects de la vie rurale, détaille- t-il. Les villages ont conservé le mode de gestion de l’eau, les maisons organisées autour d’un patio et le vocabulaire agricole provient en grande partie de l’arabe, sans parler de la toponymie : Alhama, Benicassim… On ne compte pas les noms de lieux d’origine arabe. »Dans les boutiques de souvenirs de Cordoue, de Séville ou de Grenade, babouches et castagnettes font bon ménage. « Les bazars exploitent un pittoresque facile, mais il ya un fond de vérité, estime le traducteur marocain Mourad Zarrouk, qui vit entre Grenade et Tanger. Nous avons certes un passé commun brillant, mais avons surtout beaucoup de choses qui nous unissent aujourd’hui. Nous appartenons au bassin méditerranéen. Sur les deux rives, nous avons la même façon de faire la fête et cette capacité à savourer le temps qui passe lentement…Ce que d’autres considèrent sans doute comme un défaut, et que nous saluons comme une vertu. » Hind sourit. Présidente de l’association des étudiants marocains de Grenade, elle est venue de Rabat faire ses études en pharmacie. Elle a trouvé ici… « Une certaine pagaille assez familière, dit- elle. Nous avons un sentiment d’appartenance au lieu. Même si les relations entre l’Espagne et le Maroc sont faites d’amour, de haine et de malentendus, ce qui nous unis est au-delà des aléas politiques ».
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