NewsLab

News and stories from the Arab world, the Mediterranean and Europe, from the point of view of 20 women who met for the first time in November 2007, in Alexandria, Egypt

NewsLab header image 2

Le dialogue interculturel, un défi pour les croyances mais aussi pour les journalistes

November 19th, 2008 by LM (Beirut, Lebanon) · 6 Comments

Article paru dans L’Orient-Le Jour du 18 novembre 2008

Alors qu’à New York se tenait l’Assemblée générale de l’Onu pour le dialogue des religions, l’Union européenne organisait à Bruxelles le 11 novembre dernier une conférence sur le thème Dialogue interculturel, un défi pour les croyances et les convictions ? Une journée riche durant laquelle il a été possible de comprendre que les problèmes communautaires et religieux ne sont pas propres au Liban. La technologie renforçant la mobilité, les pays d’Europe sont désormais eux aussi fortement concernés par tout ce qui a trait à la cohabitation des croyances religieuses.

Les organisateurs de la conférence Dialogue interculturel, un défi pour les croyances et les convictions ? sont partis du fait que « croyances religieuses, philosophies et convictions font partie intégrante d’une diversité culturelle qui, par le dialogue, peut enrichir nos sociétés et contribuer à l’épanouissement personnel. Mais dans nos environnements culturels toujours plus différents, cette grande variété de confessions, de croyances et de convictions peut engendrer des erreurs de jugement et des peurs. Dans les pires cas, certains subissent des discriminations fondées sur leur confession ou leurs convictions, conséquence des préjugés nourris par certains autres ». Une centaine de participants ont pris part à cette conférence organisée par la Commission européenne dans le cadre de l’Année européenne du dialogue interculturel 2008 et dans le prolongement de l’Année européenne de l’égalité des chances pour tous de 2007.

Le séminaire a réuni des coordonnateurs de projets, des décideurs, des spécialistes de l’éducation et des médias et des représentants de groupes religieux et laïques voués au dialogue interculturel, l’objectif étant de mettre à profit leur expérience concrète et les meilleures de leurs pratiques et de déterminer les méthodes susceptibles d’améliorer la situation, le cas échéant.
Trois sessions de travail ont été organisées, chacune portant sur les problèmes éducationnels, mais aussi ceux rencontrés par les médias. La question due dialogue « entre confessions et convictions » a également été posée. Au nombre des questions à examiner figuraient celles-ci : Les médias doivent exercer leur liberté d’expression de manière responsable et, d’autre part, dans ce contexte de crise financière parfois dépeinte comme une « crise des valeurs », le dialogue entre croyants et non-croyants peut-il inciter à la solidarité et à la recherche de valeurs communes?
Se prononçant sur la première question, Oliver Money-Kyrle, le directeur de programme de la Fédération internationale des journalistes (IFJ) a affirmé qu’une initiative pour le journalisme éthique avait « récemment été lancée par l’IFJ » mais s’est ensuite demandé comment il était possible de « mettre au défi les lignes morales instaurées par les différentes religions sans provoquer, sans offenser ? ». Il a d’autre part relevé l’habitude presque généralisée des journalistes à citer des religieux extrémistes pour illustrer leurs articles ou expliciter une idée donnée, et qu’il était « souvent difficile de sélectionner les bonnes personnes, les responsables religieux adéquats pour représenter les opinions d’une communauté donnée ». M. Money-Kirl a ensuite tenu à relativiser la situation dans les medias en rappelant qu’il a de très bons journalistes mais qu’il existe aussi « des charlatans des médias ».
Religions et minorités religieuses
Ce fut ensuite au tour de Milica Pesic, membre du Media Diversity Institute de Grande-Bretagne de prendre la parole en relevant qu’il est souvent difficile de se défaire de ses préjugés, mais que la mission d’un « bon journaliste » est de se comporter « de manière responsable », de couvrir l’information avec « précision, justice, sensibilité et de manière complète » sans omissions, « surtout lorsqu’il couvre des sujets sensibles comme la religion ». Et de se poser la question : « Un reportage sur la religion doit-il forcément être religieux ? Même s’il est important d’expliciter la question abordée, est-il nécessaire d’adopter une attitude religieuse ? La réponse à cette question est négative. Un journaliste doit bien sûr être au faît des question qu’il couvre, mais lorsqu’un journaliste n’est pas croyant, il lui est peut-être plus facile de se montrer neutre à l’égard du sujet qu’il est en train de traiter ». Milica Pesic a ensuite fait la lumière sur un point très important : la généralisation, car les journalistes ont tendance à « oublier qu’au sein d’une même communauté, il existe plusieurs courants. Les journalistes ont tendance à recueillir l’avis d’une personne et dire ensuite, ils sont tous pareils, nous les connaissons… ». Citant en guise d’exemple les reportages qui ont été faits suite aux attentats de Londres en 2005, elle a relevé que « même la BBC ne disposait pas à l’époque de contacts avec la communauté dont étaient issues les poseurs de bombes. La prise de contact a été très difficile car elle intervenait dans un contexte où les sentiments négatifs primaient : peur, méfiance, haine, isolation etc.. », et « aller vers eux dans ce contexte a été très difficile et infructueux », c’est pour cela qu’il « primordial de cultiver ses contacts. En temps de crise, les journalistes savent dans ce cas où aller et qui contacter, à qui faire confiance ». Lors de la préparation du reportage, « il est important de choisir avec beaucoup d’attention et de précaution les mots employés. Un seul mot mal utilisé peut disqualifier tout un texte qui serait initialement très bien écrit ». Mais le plus grand dilemme demeure pour Mme Pesic de « tracer une ligne entre la liberté d’expression et la volonté de briser les stéréotypes. Les stéréotypes sont chaque jour brisés et doivent l’être, par les journalistes. Il est important de garder à l’esprit les notions de censure, d’auto-censure. De réfléchir à deux fois avant d’écrire, de penser au cas par cas », donc de ne pas tomber dans la facilité de la généralisation.
Bachy Quraychi, rédacteur en chef de Mediawatch au Danemark s’est quant à lui attardé sur « l’impact crucial des médias sur l’opinion publique, en ce sens que ce sont ces derniers qui créent tantôt l’harmonie, tantôt le conflit sur un sujet donné ». Pour lui, « l’Union européenne (UE) devrait donner une définition claire de la liberté d’expression. Critiquer ne veut pas dire insulter, et c’est ce que de nombreux journalistes européens ne comprennent pas. La liberté d’expression permet de traduire en justice ceux qui ont insulté » un e certaine composante de la société, « or cela n’est pas possible aujourd’hui en Europe », c’est pour cela que « les musulmans se sentent inégaux. La liberté d’expression devrait fonctionner dans les deux sens ».
NewsLab, une expérience unique
La conférence de Bruxelles a également été une occasion pour le blog NewsLab (www.news-lab.net/blog) de se faire connaître. Créé grâce à une initiative Canal France international (CFI), fondation Anna Lindh, et sponsorisé par L’Orient-Le Jour, ce blog regroupe 20 femmes de la Méditerranée. Il est dénué de ligne éditoriale et se veut avant tout un espace d’expression, loin des canaux habituels d’information – filtre des agences internationales, auto-censure, censure etc… des fléaux très familiers pour les journalistes, surtout dans le monde arabe. Sondès Ben Khalifa, journaliste à la Radio tunisienne et Françoise Loewert, toutes deux bloggeuses à NewsLab ont présenté le blog tout en mettant l’accent sur les barrières culturelles, sociales et religieuses qui sont tombées grâce à cet outil simple mais tellement efficace, puisque cette interface a permis à 20 femmes de la Méditerranée ( issues de 10 pays différents : Liban, Egypte, Tunisie, Algérie, Maroc, Portugal, Italie, France, Grande-Bretagne, Grèce) d’apprendre à se connaître mais aussi à se montrer solidaires lorsque l’une d’elles rencontraient à titre personnel ou sur le plan national des difficultés quelconques. Pour elles, NewsLab a réellement permis un échange d’égal à égal, purement horizontal, sans arbitre ni hiérarchie. D’où la réussite du projet qui fêtera sa première année d’existence en décembre 2008.
Les participants au séminaire ont également pu écouter Voices of Peace, une chorale judéo-arabe de jeunes qui chantent en hébreu, en arabe et en anglais. Cette chorale représente pour les organisateurs « un exemple extraordinaire de partenariat artistique fondé sur le respect et l’ouverture ».
Il convient de souligner que les travaux initiés à Bruxelles se poursuivent à Paris le 17, 18 et 19 novembre, au centre Georges Pompidou sur le thème Les nouvelles perspectives du dialogue interculturel en Europe ».

Tags: Arts & Culture · Mediterranean · Meditérranée · women

6 responses so far ↓

  • 1 Romain // Nov 20, 2008 at 7:46 am

    Bonjour, je réagis aus propos de Bachy Quraychi, notamment quand il dit « Critiquer ne veut pas dire insulter, et c’est ce que de nombreux journalistes européens ne comprennent pas. La liberté d’expression permet de traduire en justice ceux qui ont insulté » un e certaine composante de la société, « or cela n’est pas possible aujourd’hui en Europe ».
    Je suis vraiment perplexe devant dette déclaration et je ne sais pas si je dois m’en affliger (car elle me semble refléter les idées d’une certaine classe politique egyptienne), ou si je dois en rire…
    Quant à son idée de “donner une définition de la liberté d’expression”, j’ai tendance à croire que définir c’est limiter. Et c’est probablement aussi simple que de répondre à la question “faut-il tolérer l’intolérance?”
    Prenez vos stylos, je ramasse les copies dans deux heures ;o)))

  • 2 SB (Tunis, Tunisie) // Nov 20, 2008 at 8:43 pm

    ” La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. Ainsi l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits ; ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi “. c’est L’article 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789…..
    Liberté et respect deux termes qui doivent être inséparable pour toujours…

  • 3 booha // Nov 22, 2008 at 9:04 pm

    @Romain, je suis extrémiste dans mes convictions pour la liberté d’expression, pas de tabou , ni religion ni race , rien de rien , mais essayer de s’exprimer librement sur les agissements de la junte de Tel AVIV vis a vis les 1.5 millions de civils a GAZA et vous allez voire les réactions :) ,d’ailleurs un certain Jorge Hayder ( que je ne partage pas les avis ni les convictions ) a fini par comprendre que la liberté d’expression a un prix .Pour une fois le label “antisémite” ne marchera pas :) ,je suis sémite aussi.L’intelligencia européene est aussi coupable dans son silence douteux envers des crimes de guerres par peur d’être taxer d’antisémite ,alors ou est la liberté d’expression ?

  • 4 romain // Nov 23, 2008 at 7:32 am

    Cher SB, si on limite la liberté de la presse à “ce qui ne nuit pas à autrui” qu’en reste-t-il? Je serais davantage, comme Booha, en faveur d’une “non limitation” à l’instar du premier amendement à la Constitution des Etats Unis d’Améfric.
    Booha, votre référence à Jörg Hayder sous-entendrait-elle une possible intervention du Mossad?
    Personnellement je ne m’exprimerai pas sur le conflit israèlo-palestinien, mais cela me fait inévitablement penser au conflit catharro-catholique du moyen âge français où furent prononcées ces paroles abominables: “Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens”. En clair: c’est un conflit où plus personne n’a de discernement clair ni de jugement impartial…

  • 5 Djahida // Nov 23, 2008 at 10:17 am

    Un esprit libre ne connait pas et ne reconnait pas les limites et les frontières “commises” par les dirigeants et tous ceux qui entendent museler la parole au nom du respet d’autrui et droit à la supériorité de certaines races et certains Etats.
    Un esprit libre sait que la parole est sacrée et qu’elle vaut la vie.
    Le dialogue interculturel, inter religieux ou inter ethnique s’il me permet d’exister avec mes différences. OUI.
    Si c’est un leurre pour m’assimiler à une soit disant civilisation nordique. NON.

  • 6 romain // Nov 25, 2008 at 4:10 pm

    Bon, ben voilà que la civilisation s’en mêle!
    Quand vous dites “soi-disant civilisation nordique”, je ne comprends par bien si vous voulmez dire que nous nous prétendaons nordiques et ne le sommes point… ou si nous nous prétendons civilisé et ne le sommes pas davantage…
    Mais rassurez vous, tout le monde est toujours le “nordique” de quelqu’un d’autre.
    Amical clin d’oeil d’un wiking d’Egypte

Leave a Comment